Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – II – Ismaël Diadié Haïdara

Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – II – Ismaël Diadié Haïdara

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Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – II

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]فارسی: صفحه اول شرح الخطبة الغراء (تفسیر الخطبة الغراء (خطبه توحیدیه) ابن سینا توسط خیام به زبان فارسی)، کتابخانه دیجیتالی کارو میناسیان / First page of Sharḥ al-Khuṭbah al-ghurrāʾ: Interpretation of Avicenna’s al-Khuṭbah al-ghurrāʾ or Al-Khutbat al-Tawhīd by Omar Khayyam in persian [Digital library of Caro Minasian – Source: http://minasian.library.ucla.edu/browse.jsp#21198/zz000sq1nk]

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Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – II

II

Exemplar humanae vitae

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Lorsque, du haut d’Alamut, l’ismaélien Hasan i Sabbah envoyait ses fédayins en mission pour assassiner Nizar al-Mulk, le vizir des Seljucides qui occupaient la Perse d’alors, un astronome, poète et mathématicien qui répondait au nom d’Omar Khayyam, dans son jardin, regardait les étoiles et buvait du vin auprès d’une aimée, loin du monde et de ses tumultes, de ses larmes, de ses flammes et du sang de ses martyrs. Il composait un quatrain lorsqu’il n’était pas penché sur un livre d’astronomie, de mathématique, de musique ou de philosophie. Dans un de ces brefs poèmes qui le feront connaître plus que ses découvertes scientifiques, il disait, selon la version de Toussaint que cite Marcel Conche (2005) dans Un moment avec Khayyam 

Sur la Terre, bariolée, chemine quelquun qui nest ni musulman, ni infidèle, ni riche, ni pauvre. Il ne révère ni Allah ni les lois. Il ne croit pas à la vérité. Il naffirme jamais rien. Sur la Terre bariolée, quel est cet homme brave et triste ?  

Marcel Conche va de Montaigne à Khayyam, les frotte l’un à l’autre, se complait à les voir se suivre, s’exclure. Il nous dit quelque chose sur Khayyam, il ne montre pas qui il est vraiment et quelle est sa pensée entière. Ce n’est d’ailleurs pas son propos, et il faut le confesser, il est difficile de dire qui est ce poète brave et triste.  

Hojjat al-Haqq Khadjeh Imam Ghiyath ad-Din Abdoul Fath Omar Ibn Ibrahim al-Khayyam Neyshabouri, plus connu pour la postérité comme Omar Khayyam, naquit à Nishapur, une ville située au nord-est de l’Iran actuel, le jeudi 18 mai 1048, deux ans après le fils d’un émigré yéménite, Hasan i Sabah, qui sera le chef des ismaéliens de l’Est et le fondateur de la secte des Assassins. La même année de la naissance de Khayyam mourut un des plus grands géographes et sociologues du Khorasan, Al-Biruni, et dix ans plus tard vint au monde le pire de ses ennemis, Abu Hamid al-Ghazali.  

Ils sont nombreux, ceux qui, pour dire qui est un homme, donnent des dates et des faits à la place d’une personne, d’une vie. Pourrons-nous faire autrement ? Il n’est donné à personne d’avoir un moi qui ne soit une narration, une identité qui ne vienne d’un conte. Montaigne comme les autres se fourvoie quand il pense qu’en parlant de lui, il fait autre chose que narrer une histoire faite de fragments de pensées, de sensations et de sentiments mêlés à mille désirs et faits tirés sur le tas. Nul ne se tient entier pour se donner comme il est. Nous nous échappons à nous-mêmes. Un jour, les historiens, pour faire les biographies des personnes, le feront selon le devenir de leurs goûts ou de leurs rêves. Il faut en attendant se sacrifier à la tradition et la suivre. 

Khayyam n’avait que huit ans lorsqu’une grande famine causa des milliers de morts du Transoxiane aux terres égyptiennes. Il étudia plus tard la philosophie avec Mohammed Mansuri qui l’initia à l’avicennisme, et les mathématiques avec Bahmanjar. Un autre maître cité par les savants est un certain Emam Mowaffagh Neyshaburi, considéré comme le meilleur professeur du Khorasan. Il écrira son traité intitulé Risala fi Baratin ala Masail al-Jabr wa al-Moghabila (Traité des démonstrations de problèmes d’algèbre) avec l’appui d’Abu Tahir Abd al-Rahman Ahmad (Hazhir Teimourian, 2010). 

Le 8 mai 1066, sept nuits durant, la comète de Halley resta visible dans le ciel. Khayyam en fait la remarque à ses dix-sept ans. Son père meurt la même année, son maître zoroastrien qui lui enseigna les mathématiques, Bahmanjâr, également. Funeste année pour Khayyam. En l’année 1068, Omar Khayyam se décide d’abandonner sa ville natale, Nishapour, pour s’installer à Samarkande. Pas pour longtemps. Après avoir écrit dans cette ville trois traités sur la musique et les mathématiques, il lui est demandé de partir pour Bukhara auprès du roi des Qarajanides de l’Est en 1072. Un an avant, Arp Aslan à la bataille de Malazgirt au nord du lac de Van, séquestre Romano Diogène qui se maria à Constantinople à l’impératrice Eudoxia pour contenir les hordes turques. Alp Arslan ouvre les routes de l’Anatolie et meurt en cette même année. Il est remplacé par son fils majeur, Malik Shah. 

Vers 1073, Khayyam, à ses 26 ans, est aux côtés du roi Shams al-Mulk à Bukhara. Nizam al-Mulk, régent de Malik Shah, envahit la Transoxiane et convertit Shams al-Mulk en vassal des Seldjoukides. Ce dernier, dans ces conditions, se marie avec la princesse Terken.  

Khayyam quitte Bukhara en 1074 pour travailler à l’observatoire d’Ispahan. Il a 26 ans. Il est fréquent dans la cour de Malik Shah comme médecin principal de la famille royale et membre d’une équipe de huit astronomes chargés de changer l’ancien calendrier solaire persan et de construire un nouvel observatoire pour la ville.  

Deux ans après son installation à Ispahan, Hasan i Sabbah, fondateur de la secte ismaélienne des Assassins, quitte Ray pour Isfahan. Il n’y restera pas longtemps. Il s’installera au Caire le 30 août 1078.  

Le 14 mars 1079, le Shah inaugure le calendrier solaire réformé. Omar Khayyam n’avait que 31 ans. Le 15 mars à 05 :33 du matin, à Ispahan, entra en vigueur le nouveau calendrier dans tout l’empire turc. La réforme dura cinq ans. L’Institut de physique de Londres, dans son Encyclopédie d’astronomie et d’astrophysique (vol. 2, 2021), indique que : 

Khayyam a développé un calendrier avec une marge d’erreur d’un jour sur 3770 ans (mieux que le calendrier grégorien, dont l’erreur était d’un jour tous les 3330 ans). Il était basé sur son exactitude et la détermination de la durée de l’année qu’il avait fixée à 365,242199 jours. À l’heure actuelle, la durée de l’année est de 365,242190 jours, diminuant d’environ six unités à la sixième décimale en un siècle.

Ce nouveau système d’organisation des jours, des mois et des années prit le nom d’ère Jalali. En effet, un des titres de Malik Shah est Jalal ad-Dawla, Gloire de l’État. L’historien Ibn Athir note que le Nayruz était désormais fixé sous les ordres de Nizam al-Mulk et de Malik Shah à l’équinoxe du printemps.   

Omar était encore à Ispahan en l’année 1079. Il traduisit en cette dite année un traité d’Avicenne de l’arabe au persan. Un an plus tard, Hasan i Sabbah est expulsé du Caire. 

En 1089, Malik Shah et Nizam al-Mulk envahissent la Transoxiane à la demande du gouverneur de Samarkand, Abû Tahir, ancien protecteur de Khayyam qui reste auprès de Malik Shah comme un membre de sa cour et son médecin.  

Un an plus tard, le mercredi 4 septembre 1090, Hasan i Sabbah occupe le château d’Alamut. Il y restera trente-quatre ans sans jamais l’abandonner. C’est là qu’il met sur pied la secte des Assassins pour instaurer dans tout l’empire seldjoukide un règne de terreur nourri par des assassinats politiques sélectifs (Hodgson, Marshall G. C. 1955).  

Al-Ghazali, lui, en 1091, est envoyé à Bagdad pour diriger la Nizamiyya, une école qui porte le nom du vizir Nizam al-Mulk. Ce dernier, à cette époque, acheva son traité politique, Siasat Nameh

Le 14 octobre de l’année suivante, il est assassiné par un des fedayins de Hasan i Sabbah. Malik Shah est empoisonné la même année, le 15 novembre, probablement par les Assassins. Le corps est caché par la reine Terken, mais le bruit courut rapidement. Des temps obscurs commencèrent pour Khayyam.  

En janvier 1094, l’astronome, poète, philosophe, mathématicien, médecin, musicien Omar Khayyam, pris dans l’étau des accusations d’incroyance, fait son pèlerinage à La Mecque.  

Le 3 février, la prière se fait à Bagdad au nom de Berkyaruq. Izz al-Mulk, fils de Nizar, devient son vizir. Mo’ayyad, ami de Khayyam, devient le vizir de Terken, et Fakhr al-Mulk, celui de Totosh, conquérant de Mossoul. 

Le 4 février, le calife Moqtada meurt après avoir béni le sultanat de Berkyaruq. Le calife des chiites ismaéliens, Mustansir, meurt au Caire. La même année, al-Ghazzali quitte Bagdad pour Nishapur. 

Le 18 novembre, comme pour ajouter à la confusion, Urbain II inaugure le concile de Clermont et demande aux armées de libérer les chrétiens de l’Est et de rouvrir les chemins de Jérusalem. En 1099, les croisés prennent Jérusalem (Amin Maalouf, 1992).  

En 1118, à l’âge de soixante-dix ans, Khayyam voit le siège d’Alamut par les armées turques échouer. Amir, le calife de l’Égypte, envoie une nouvelle lettre en Syrie contre les Hashishiyah qui suivent la doctrine de Hasan i Sabbah. Ce dernier meurt à Alamut le vendredi 23 mai de l’année 1124. La même année, Amir est assassiné en Égypte.  

Khayyam, lui, retiré chez lui à Nishapur, loin des tumultes de son siècle, meurt le vendredi 4 décembre de l’année 1131, à quatre-vingt-trois ans. Ibn Funduq, connu comme Beihaqi (1977), raconte les derniers moments de Khayyam selon l’imam Muhammad Bagdadi: 

Il se brossait les dents avec un cure-dent en or et [en même temps] lisait les Questions Divines [d’Avicenne] dans le livre d’As-Shifa. Quand il est arrivé à la section «Un et les multiples», il a collé le cure-dent entre les pages [et a posé le livre]. Puis il m’a dit: «rassemblez la famille, afin que je puisse leur faire connaître ma volonté.» Il nous a dit sa volonté, puis s’est levé et a prié. Ensuite, il n’a pas mangé ni bu jusqu’à la prochaine prière du soir». Et il est mort.

Ce texte montre un Khayyam pieux qui a dit dans le premier quatrain du Charles Groleau (1902) : 

Si je n’ai jamais mis en colliers les perles de la prière,
Je ne T’ai jamais caché cette poussière de péchés qui souille mon visage;
C’est pourquoi je ne désespère pas de Ta miséricorde,
Car je n’ai jamais dis que le Un était Deux.

Ailleurs, il dit encore dans cette version de Charle Groleau :

CXX 

Je connais le dehors de l’être et du non-être,
Je connais l’intérieur de tout ce qui est haut et bas :
Pourtant, quelle honte de mon savoir
Si je reconnaissais quelque chose de plus haut que l’ivresse.

Et dans la traduction de Toussaint reproduite ici, nous rencontrons cet autre quatrain :

CXLI

Contente-toi de savoir que tout est mystère: la création du monde et la tienne, la destinée du monde et la tienne. Souris à ces mystères comme à un danger que tu mépriserais. Ne crois pas que tu sauras quelque chose quand tu auras franchi la porte de la Mort. Paix à lhomme dans le noir silence de lAu-Delà !

Le début et la fin du témoignage sont vraisemblables, mais dans le reste du texte, l’imam qui révéla à Fonduq la fin du poète pieux ne reflète guère la réalité du personnage, sceptique et hédoniste, qui se laisse entrevoir dans les quatrains. Il blanchit l’homme accusé d’hérésie devant les siècles. En l’année 1135, un éminent juriste, disciple de Khayyam, est brûlé pour hérésie.

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Ismaël Diadié Haïdara

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