Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – IV – Ismaël Diadié Haïdara

Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – IV – Ismaël Diadié Haïdara

Overview

Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – IV

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Omar Khayyam. Exemplar humanae vitae – IV

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Nous avons traduit les Rubaiyat vers la langue sonrhaï de Tombouctou, le koyra ciini, à partir de la traduction de Franz Toussaint.  Nous espérons que cette première version des quatrains d’Omar Khayyam en une langue africaine aidera à ouvrir un chemin nouveau à la pensée du maître persan dans un monde où, de nos jours, les traditions séculaires, le fondamentalisme et l’ignorance entretenue ferment les esprits avant de mettre un poignard dans une main et un livre révélé dans l’autre. Khayyam dit dans Sur les démonstrations des problèmes de lalgèbre :  

Nous avons été témoins du dépérissement des hommes de la science, réduits maintenant à une mince troupe, dont le nombre est aussi petit que ses afflictions sont grandes, et à laquelle les rigueurs de la fortune ont imposé l’obligation commune de s’adonner tant qu’elles durent, au perfectionnement et à l’exploration d’une seule science. Mais la plupart de ceux qui par le temps actuel ont l’air de savants, déguisent la vérité par le mensonge, ne dépassent pas les limites de l’imposture et de l’ostentation savante, et ne font servir la quantité de savoir qu’ils possèdent qu’à des buts matériels et vils. Et s’ils rencontrent un homme distingué par la recherche de la vérité et l’amour de la véracité, s’efforçant de rejeter la vanité et le mensonge, et d’abandonner l’ostentation et la tromperie, ils en font l’objet de leurs mépris et de leurs railleries. C’est Dieu que nous implorons en tout état, c’est lui qui est notre refuge.

C’est ce temps que nous vivons à Tombouctou face à la renaissance des assassins de Hasan i Sabbah qui se donnent d’autres noms mais tuent toujours au nom d’Allah. Umar Ould Hamaha, frère de notre ami en Khayyam, Brahim al-Khalil Ould Hamaha (qu’il repose en paix), conquit Tombouctou avec des troupes islamistes. le 1 Avril de l’année 2012. Notre seule réponse est là : traduire les Quatrains et cultiver l’esprit du Hammadi-alfinta, le héros de la galette qui, dans son oisiveté, se fiche la paix et rien ne l’importe hors ses trois vers de thé, une patte grillée de mouton et la molle cuisse de sa concubine qu’il rejoint après la prière du crépuscule. Le reste est littérature. La poétesse Aïssa Alamiridjé (Tombouctou 1916 – 6 mars 1963) chantre à Tombouctou de cet art de vivre a dit dans les années 50 du siècle dernier: 

Gnin ndi yer yer minini
minini gnin do halal
Alfa diyo nga harga
Tabey haw diyo nga harga.

Fais nous boire du Minini.
Il est licite de boire du Minini.
Les sages l’ont dit.
Les gens du turban l’ont dit.

Minini est un domaine viticole d’Italie qui produit une gamme diverse de vins, dont des Prosecco Spumante et des Pinot Grigio pétillants, réputés pour leur fraîcheur et leur fruité. Le domaine propose également des vins rouges élaborée selon la méthode de l’appassimento pour en exalter les arômes. Les vins Minini proviennent de différentes régions italiennes, notamment como Sicilia, Campania, Toscana y Puglia. Ce vin, loin des subtilités mystiques des soufis est bien le sang de Cybèle. Il n’y a ici aucune souci d’artiste que le beau inquiète. Jurisconsultes et Imams ne contredisent pas la poétesse. Ils sont garants de ses dires. La sagesse populaire fonde en raison ses chants:

Kaa koy kur ci koy koy.
Tout venant est un partant.

Yer na kaa kala bun see.
Nous sommes né pour la mort.

ad-Duniya na ci goro do, alaakara na ci koy do.
Ce monde n’est pas où vivre, l’au delà n’est pas où partir.

De proverbes en proverbes tous les chemins se ferment pour l’homme, sauf celui de vivre voluptueusement avant la fin inévitable. Khayyam dit-il autre chose?

En ce premier quart de ce tourmenté siècle, une jeune fille de Tombouctou, Boncano Sangaré, dit comme en écho au quatrain de Aïssa Alamiridjé:

Almisilmiteray le mondékonomize wala maa na wor’o har ? mara mara koy dyo, haya mee wo gha ! wo gha deeh ! Addunña wo haya kaa ni gha wala haya kaa ni nondi da nga ci ni wone.

Wo gha ghaa boyro, wo dam derbe boyro, wo dam hew kaano, wo kani daari boyro ga, nda woro may njerfu wo noo cindi di woy dyo see, nda ni ekonomize soti ka bun ngo bara morayda, nda ni soti ka bun noo hungu yer koyr’o ci nongu dyo ka nda ni bun ni nan njerfu II  day mana kesu woo ka ra II dam bukow dyo,  maa nga ci a maa ! Ay dinaa ga, kesu wo ka haydi ci miliyon yo ay si bay a maa di, ka dam mana West nda taaram taaram yo ? Nee meter iyye dara koray kaa wala ni taaleme almisilmi foo go hin ka day ga, noo mara njerfu, saa kur kaa i guna ni ni si hima kala gariibu kaa ii saraa a ga waranka, gha ghaa boyro ma  ñin ñin boyro, ma saraa, ma noo yer talka woo yo see kaa si may haya foo, ma noo woy dyo see njerfu, ay na har ma si ekonomize, mere nda ni duu huu ka ra ni kani a wasa, yee ekonomize ! yee ekonomize ! Jiiri merje ? Ay na har ma si ekonomize, mere yee ekonomize poroje wo wala wo, il faut vivre au jour le jour. Nda ni bun II day hayni nda kosom, borodyo ghaa har i ma kungu II ñin done har i ma kungu saa kaa i ghaa ka ben II har yerkoy ma jumdi a ga a hinni di, nda mana hinni ni bomo ra ka ghaa, nda ni bun saa kaa i ghaa ka ben i humoy ngu yo kanba saadi na II har yerkoy ma jumdi a ga a hinni di, ma si ghaa dee !

Il faut bien ekonomize, ma maraa njerfu di bank nda ni bun boro foo si bay wala noo may konte bank, wala ma fiji ga saadi n’com yoo benefisiye nda ga. Ni si gha i kayna, ma jisi i kayna.  wala derbe di kaa go ni jinde nda i guna ga II hungu ni ci gariibu II noo ni waranka, noo ekonomize har ma soti ka bun, soti ka bun ngo bara, nda ni baa dee ma ghaa ! Ghaa ghaa boyro, dam derbe boyro, parfin kaano, woy boyro, ma noo nee here ma noo nee here, noo ta guna noo felaw, ekonomize ! Ekonomize ! soti ka bun ngo bara, haw ham di nda feeji ham di kaa ma na ghaa, nda ni bun boro dyo ghaa ga fakuhoy nda haaga koray kuna, II ghaa har i ma  kungu, a foo yo ghaa sukal a foo yo si ghaa sukal, woo kur n’almaanoo daa ra na aa hun, nda jirbi iyye hinka di bisa ni woyme dyo nda ni harme dyo, jaa ni si may wonde ekonomize jendi ma hiiji, ni woyme dyo nda ni harme dyo moo go haa ngu yo baa il faut bien ekonomize_

Chers amis ! Le monde qui économise ou comment vous appelez ça ? Ceux qui économisent l’argent. Je vous dis ! Il faut manger ! Il faut manger ! En ce monde-ci, il n’y a pas de richesse propre qui t’appartienne sauf ce que tu a consommé ou ce que tu as donné, le reste ne t’appartient pas.

Mangez les bonnes nourritures, portez de beaux habits, utilisez les meilleurs parfums aux senteurs enivrantes, utilisez les meilleures lits. Si vous avez de l’argent, donnez-en aux amantes. Si tu ne fais qu’économiser, sache que ces temps-ci, la mort subite est courante.

Si tu meurs subitement, ne pense pas qu’ici à Tombouctou on fait comme ailleurs où quand tu as de l’argent, on te confectionne une caisse, comment l’appelle – t-on? Rappelez – moi, cette caisse où on met le corps du défunt et qui coûte des millions, j’ai oublié le nom. On te fait porter un costume parfait avec chemise, cravate et tout. Ici à Tombouctou il suffit de 7 mètres de tissu blanc que même un de tes voisins musulmans peut payer. Mais, toi tu ne fais qu’amasser de l’argent et chaque fois on te voit mal habillé tel un mendiant auquel on donne 100 francs en aumône. Si tu veux, mange de copieux repas, consomme les meilleures boissons, fais de l’aumône, donne de l’argent à nous les pauvres qui n’avons rien, donne de l’argent aux femmes, donne par – ci , donne par là. Je ne te demande pas de ne pas économiser mais si tu as un bon logement où tu dors ça suffit.

J’économise, j’économise pendant combien de temps? Pour tel ou tel projet. Il faut vivre au jour le jour. Si tu meurs, ils vont payer du mil et du lait, les gens vont très bien manger, boire de la crème de mil. Quand ils finiront de manger et de boire, ils diront que par ces repas, Dieu te couvre de sa miséricorde. Si toi, de ton vivant, tu n’as pas eu pitié de ta propre personne pour bien manger, à ta mort, ceux qui resteront après toi, après avoir bien mangé et s’être lavé les mains, demanderons la miséricorde de Dieu pour toi. Il faut bien économiser, dépose l’argent à la banque, à ta mort personne ne saura que tu as un compte en banque ou bien enterre l’argent au bénéfice des rats et autres insectes. Tu ne manges pas une partie en économisant une partie ? Tu as vraiment intérêt à manger. Mange les bonnes nourritures, porte les meilleurs habits, utilise les meilleurs parfums, les belles femmes, donne par – ci par là, tu sentiras que tu es léger. Économiser ! Économiser ! Sache que la mort subite est courante. La bonne viande de bœuf ou de mouton dont tu t’es privée, une fois que tu meurs, les gens les mangeront dans le fakuhoy et la sauce faites de délicieuses épices avec du bon pain. Ils mangeront à satiété avec des exigences de ceux qui consomment du sucre et de ceux qui n’en consomment pas. Tout cela avec l’argent dont tu n’as pas profité de ton vivant. Après deux fois sept jours, tes sœurs et tes frères, parce – qu’à force d’économiser tu n’as même pas eu de femme, donc tes frères et sœurs prendront leur part. Alors, mon cher, il faut bien économiser.

Cette invitation à jouir est aussi celle de Khayyam clamée en ces difficiles jours où l’esprit d’Alamut règne sur Tombouctou, et le dernier descendant du vieux de la Montagne, l’Agha Khan qui vit au Pakistan, finance la restauration de la grande mosquée de Djingarey Ber à Tombouctou, mosquée construite par mon ancêtre, le poète andalou, Abu Ishaq es-Sahili al-Ghanati (Granada 1290 – Tombouctou 15 octobre 1346). À Tombouctou, Khayyam se joint à Ibn Sabbah d’Alamut. Tandis que des martyrs se font exploser, coupent des pieds, des mains, fusillent et imposent la Charia, des voix s’élèvent qui enjoignent aux vivants de boire leur Minini.

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Ismaël Diadié Haïdara

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Bibliographie

Comme nous l’avons indiqué dans le prologue, nous ne donnons en bibliographie que les auteurs et textes cités. Pour l’édition des Quatrains, nous donnons les entrées à partir des noms des traducteurs, soulignant par là que chacun est l’auteur de sa version et de la sélection des quatrains traduits comme pour les essais ici cités. J’ai parfois fait référence à des textes sans les citer nommément. Le lecteur trouvera dans cette bibliographie les lectures qui nous aidèrent à faire cette brève introduction.

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