Una rosa de catorce pétalos – IV/ Poetas del Renacimiento francés – Marcela Calembour

Una rosa de catorce pétalos – IV/ Poetas del Renacimiento francés – Marcela Calembour

Una rosa de catorce pétalos – IV/ Poetas del Renacimiento francés

 

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Louise Labé [Lyon, 1525 – Parcieux-en-Dombes, 1566]

 

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Louise Labé

 

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Ô longs désirs, ô espérances vaines

 

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

Ô cruautés, ô durtés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du coeur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer, ne pourrait trouver place.

 

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Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie

 

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

 

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[Louise Labé – Ô longs désirs, ô espérances vaines – Inès Ammar] [1]

 

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Joachim du Bellay [Château de la Turmelière, Maine-et-Loire, 1522 – París, 1560]

 

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Joachim du Bellay

 

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Me soit amour ou rude, ou favorable

 

Me soit amour ou rude, ou favorable,
Ou haut, ou bas me pousse la fortune,
Tout ce, qu’au cœur je sens pour l’amour d’une,
Jusqu’à la mort, et plus, sera durable.

Je suis le roc de foi non variable,
Que vent, que mer, que le ciel importune,
Et toutefois adverse, ou opportune
Soit la saison, il demeure imployable.

Plutôt voudra le diamant apprendre
À s’amollir de son bon gré, ou prendre
Sous un burin de plomb, diverse forme,

Que par nouveau ou bonheur, ou malheur
Mon cœur, où est de votre grand’ valeur
Le vrai portrait, en autre se transforme.

 

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Ces cheveux d’or sont les liens, Madame

 

Ces cheveux d’or sont les liens, Madame,
Dont fut premier ma liberté surprise
Amour la flamme autour du cœur éprise,
Ces yeux le trait qui me transperce l’âme.

Forts sont les nœuds, âpre et vive la flamme,
Le coup de main à tirer bien apprise,
Et toutefois j’aime, j’adore et prise
Ce qui m’étreint, qui me brûle et entame.

Pour briser donc, pour éteindre et guérir
Ce dur lien, cette ardeur, cette plaie,
Je ne quiers fer, liqueur, ni médecine :

L’heur et plaisir que ce m’est de périr
De telle main ne permet que j’essaie
Glaive tranchant, ni froideur, ni racine.

 

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Pernette du Guillet [1520, Lyon – 7 de julio de 1545, Lyon]

 

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Pernette du Guillet

 

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C’est une ardeur d’autant plus violente

 

C’est une ardeur d’autant plus violente,
Qu’elle ne peut par Mort ni temps périr :
Car la vertu est d’une action lente,
Qui tant plus va, plus vient à se nourrir.

Mais bien d’Amour la flamme on voit mourir
Aussi soudain qu’on la voit allumée,
Pour ce qu’elle est toujours accoutumée,
Comme le feu, à force et véhémence :
Et celle-là n’est jamais consumée :
Car sa vigueur s’augmente en sa clémence.

(Rymes XLII)

 

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Ô vraie amour, dont je suis prise

 

Ô vraie amour, dont je suis prise,
Comment m’as-tu si bien apprise,
Que de mon jour tant me contente,
Que je n’en espère autre attente,
Que celle de ce doux amer,
Pour me guérir du mal d’aimer ?

Du bien j’ai eu la jouissance,
Dont il m’a donné connaissance
Pour m’assurer de l’amitié,
De laquelle il tient la moitié :
Doncques est-il plus doux qu’amer,
Pour me guérir du mal d’aimer.

Hélas, ami, en ton absence
Je ne puis avoir assurance
Que celle dont – pour son plaisir –
Amour caut me vient dessaisir
Pour me surprendre, et désarmer :
Guéris-moi donc du mal d’aimer !

(Chanson III)

 

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Pour une anatomie

Qui voudra bien contempler l’Univers,
Où du grand Dieu le grand pouvoir abonde
En éléments, et animaux divers,
En Ciel, et Terre, et Mer large et profonde,
Vienne voir l’homme, où la machine ronde
Est toute enclose, et plus, qui bien le prend.
Car pour soi seul en ce sien petit monde
À tout compris, celui qui tout comprend.

(Rymes LX)

 

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Le Corps ravi, l’Âme s’en émerveille

 

Le Corps ravi, l’Âme s’en émerveille
Du grand plaisir qui me vient entamer,
Me ravissant d’Amour, qui tout éveille
Par ce seul bien, qui le fait Dieu nommer.

Mais si tu veux son pouvoir consommer,
Faut que partout tu perdes celle envie :
Tu le verras de ses traits s’assommer,
Et aux Amants accroissement de vie.

(Rymes XII)

 

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[Clément Janequin [c. 1485 – 1558] –Toutes les Nuits – Le Poème Harmonique – Vincent Dumestre]

 

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 Maurice Scève [1500, Lyon  – 1564. Lyon]

 

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Maurice Scève

 

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Epitaphe de Pernette de Guillet

 

L’heureuse cendre autrefois composée
En un corps chaste, où vertu reposa,
Est en ce lieu, par les Grâces posée,
Parmi ses os, que beauté composa.

Ô terre indigne ! en toi son repos a
Le riche étui de cette âme gentille,
En tout savoir sur toute autre subtile,
Tant que les cieux, par leur trop grande envie,
Avant ses jours l’ont d’entre nous ravie,
Pour s’enrichir d’un tel bien méconnu,
Au monde ingrat laissant bien courte vie,
Et longue mort à ceux qui l’ont connu

 

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Tant je l’aimais qu’en elle encor je vis

 

Tant je l’aimais qu’en elle encor je vis
Et tant la vis, que malgré moi, je l’aime
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Oeil fault, que le coeur la désaime.

Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?

Tant fut la flamme en nous deux réciproque
Que mon feu luit, quand le sien clair m’appert,
Mourant le sien, le mien tôt me suffoque,
Et ainsi elle, en se perdant, me perd.

 

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Tout le repos, ô nuit, que tu me dois

 

Tout le repos, ô nuit, que tu me dois,
Avec le temps mon penser le dévore :
Et l’horloge est compter sur mes doigts
Depuis le soir jusqu’à la blanche Aurore.
Et sans du jour m’apercevoir encore,
Je me perds tout en si douce pensée,
Que du veiller l’âme non offensée
Ne souffre au corps sentir cette douleur
De vain espoir toujours récompensée
Tant que ce monde aura forme et couleur.

 

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François Clouet – Le Bain de Diane [circa 1558-1559 – Musée des Beaux-Arts de Rouen]

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Gabrielle d’Estrée & sa soeur, la duchesse de Villars – [vers 1594 – École de Fontainebleau]

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Pierre de Ronsard [1524, au château de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois – 1585, au prieuré de Saint-Cosme en Touraine]

 

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Pierre de Ronsard

 

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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

 

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j’estois belle.

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dés aujourd’huy les roses de la vie.

 

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Amour me tue, et si je ne veux dire

 

Amour me tue, et si je ne veux dire
Le plaisant mal que ce m’est de mourir :
Tant j’ai grand peur, qu’on veuille secourir
Le mal, par qui doucement je soupire.

Il est bien vrai, que ma langueur désire
Qu’avec le temps je me puisse guérir :
Mais je ne veux ma dame requérir
Pour ma santé : tant me plaît mon martyre.

Tais-toi langueur je sens venir le jour,
Que ma maîtresse, après si long séjour,
Voyant le soin qui ronge ma pensée,

Toute une nuit, folâtrement m’ayant
Entre ses bras, prodigue, ira payant
Les intérêts de ma peine avancée.

 

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Pierre de Ronsard & Cassandre Salviati

 

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Prieuré St-Cosme – Demeure de Ronsard

 

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Marcela Calembour

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Nota

  1. http://www.litteratureaudio.com/livres-audio-gratuits-mp3/tag/louise-labe
Autor
Categories: Literatura